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8 juin 2006
LE PERCO : un outil contre les salaires, la protection sociale et les retraites
Après plusieurs réunions avec les représentants des organisations syndicales du Groupe TECHNIP FRANCE, la Direction a fait ses dernières propositions pour la mise en place d’un Plan d’Epargne Retraite Collectif (PERCO). En août 2003, la "loi Fillon" a retardé l’âge de départ à la retraite, diminué le taux des pensions et affaibli le système des retraites par répartition, en refusant de fournir à ce système le financement nécessaire au maintien d’un bon niveau de pension pour tous les retraités. Hormis le choix des organismes chargés de gérer le PERCO, le projet proposé par la Direction se borne à reprendre les dispositions prévues par la loi et à fixer le plafond de l’abondement. Alors que l’abondement autorisé par la loi est plafonné à 4600€ et peut représenter jusqu’à trois fois le versement du salarié, TECHNIP FRANCE a choisi une incitation a minima plafonnée à 500€. Pour compenser une baisse de dix points du taux de remplacement du salaire par des pensions de retraite, il faudrait pouvoir épargner chaque année, aux conditions actuelles, un mois de son salaire brut pendant un minimum de trente ans, ce qui est loin d’être possible pour tous les salariés. Le tableau ci-dessous donne quelques exemples de simulations de l’ordre de grandeur de la rente qui pourrait être versée par le PERCO dans le cadre proposé par la Direction, sur la base des données actuelles fournies par les organismes bancaires sur internet, abstraction faite de l’évolution de l’inflation, des taux de rendement, des risques de pertes encourus par les produits proposés et des taux de transformation de l’épargne acquise en rente qui ne sont pas garantis. Cela se traduirait, pour les salariés volontaires, par un prélèvement supplémentaire supérieur à 5% de leur salaire brut pour un complément de pension modeste.
En déclarant, pendant les négociations salariales, ne pas pouvoir faire plus pour les salaires car elle avait prévu d’attribuer un pourcentage de la masse salariale pour le PERCO, la Direction de TECHNIP a confirmé que la mise en place de celui-ci se faisait au détriment du niveau des salaires. C’est une remise en cause de la logique du salariat pour laquelle la rémunération des salariés est en lien direct avec la reconnaissance de leur qualification professionnelle. Il ne faut pas oublier, non plus, les risques de dépréciation, voire de perte totale de leur épargne, que les dispositifs financiers, dans lesquels ces fonds seront bloqués jusqu’à 30 ou 40 ans, font courir aux salariés de TECHNIP à l’exemple des salariés de MAXWELL, d’ENRON ... La Direction, elle-même, s’est refusée à réévaluer annuellement le montant de l’abondement, et même à le réévaluer dans trois ans lors de la réunion de bilan du PERCO prévue dans cet accord à durée indéterminée. Aujourd’hui, personne n’est en mesure de garantir : Si le cadre fiscal du PERCO parait attractif, c’est surtout l’entreprise qui en bénéficie puisque les sommes attribuées en abondement de l’épargne sont exonérées de cotisations sociales (Sécurité Sociale, retraite, etc.) et déductibles du bénéfice imposable. La mise en place de celui-ci réduit d’autant les budgets des organismes sociaux chargés d’assurer la solidarité entre tous les salariés en matière de santé, de protection sociale et de pensions de retraite. Ce système est par nature discriminatoire et destructeur des solidarités inter-générationnelles que constituent les organismes de protection sociale et la retraite par répartition. Il s’adresse en priorité aux salariés qui disposent d’un pouvoir d’épargne conséquent, et exclut de fait le plus grand nombre. Il ne permettra qu’à une part réduite des salariés - celle qui en aura les moyens - de se prémunir contre une baisse délibérément programmée du montant des pensions de la retraite par répartition. Il poussera ainsi la très grande majorité des salariés arrivant à l’age de la retraite à rester au travail en occupant des petits boulots précaires (emplois seniors) pour pouvoir subvenir à leurs besoins. Cette nouvelle « ressource » de main d’œuvre du troisième âge, financièrement démunie, donc a priori peu revendicative, serait utilisée bien malgré elle pour modérer les prétentions salariales des plus jeunes maintenus dans des emplois à statut précaire et subissant un chômage endémique. Ce qui, par effet de ricochet réduirait encore les capacités de financement des organismes sociaux de santé et des caisses de retraite. Par ailleurs, alors que les régimes par répartition permettent, dans les périodes difficiles de la vie et en cas d’aléas professionnels subis (chômage, maladie, invalidité...) d’acquérir des droits à retraite, avec le PERCO, ces difficultés interdisent toute possibilité d’épargner et, au contraire, peuvent aboutir à une liquidation progressive de l’épargne constituée. Que resterait-il alors pour la retraite ? Seule une autre réforme des retraites annulant la loi Fillon et la loi Balladur permettrait de garantir de bonnes retraites. Les salariés doivent se méfier du miroir aux alouettes que constitue le PERCO et ne pas se faire d’illusions sur la capacité des dispositifs par capitalisation à maintenir le niveau des retraites. C’est pourquoi l’UGICT CGT TECHNIP ne signera pas cet accord et invite vivement le personnel à agir pour de bonnes augmentations de salaire, moyen le plus efficace pour bénéficier d’un bon niveau de pension de retraite. |
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