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Qu'est-ce qui ne va pas
Pourtant, quelque chose sépare le mode de fonctionnement de ces entités de celui de celles aux USA. Ce qui fait la différence, c'est comment sont traités les salariés et la justice sociale. Les hommes et les femmes de chez Technip-Coflexip, qu'ils soient marins ou plongeurs, qu'ils travaillent dans un bureau, un chantier naval de construction ou une usine de production de tuyaux ont tous quelque-chose en commun, s'ils ne travaillent pas aux USA. Ils peuvent être organisés. Les salariés aux USA n'ont pas les mêmes droits et avantages que ceux dont bénéficient leurs collègues bénéficiant du droit syndical dans les pays comme la France, le Brésil, l'Allemagne et l'Angleterre. Les salariés des chantiers navals aux USA de TKP ont décidé d'agir pour changer cette situation. Ils sont en train de créer un syndicat, le premier sur ces chantiers navals depuis plus de 18 ans. Ils veulent améliorer leurs conditions de vie et celles de leurs familles. Et pour cela, ils ont besoin de votre aide. La fédération "Shipyard Workers and Allied Trades" ("SWAT") est une fédération de syndicats de la fédération de la métallurgie travaillant avec l' AFL-CIO pour améliorer les salaires, les avantages et les conditions de travail des plus de 20 000 salariés des chantiers navals et des industries de construction d'installations de forage dans les états bordant le Golfe du Mexique. Les syndicats qui en font partie sont la "Sheet Metal Workers International Association" (tôliers), l'"International Association of Bridge, Structural, Ornamental and Reinforcing Ironworkers" (ponts métalliques, charpentes métalliques, fers pour bâtiment et ferraillages) et l'"International Union of Painters and Allied Trades of the United States and Canada" (peintres).
Bien qu'il existe des instances fédérales de régulation qui ont en charge la protection des droits des salariés, ces instances n'ont généralement pas assez de moyens en effectifs ou financiers et il leur manque la pugnacité, le soutien et la volonté nécessaires pour faire appliquer la loi. Par exemple, les salariés sur les chantiers navals de fabrication sont employés "at-will" (sans durée déterminée ni illimitée, mais littéralement selon la volonté de l'employeur), c'est à dire que la société peut les licencier à tout moment sans préavis ni justification. Les tribunaux fédéraux américains ont établi une jurisprudence constante selon laquelle les salariés employés "at will" peuvent être licenciés pour une bonne raison, une mauvaise raison ou sans raison du tout. L'usage est que les salariés n'aient droit à aucun recours, ne peuvent pas se faire défendre par des représentants et ne peuvent présenter aucune défense devant leur accusateur. Alors que les Etats-Unis d'enorgueillissent de leur réputation de démocratie, la démocratie sociale ne s'est jamais étendue au lieu de travail. Les salariés aux Etats Unis laissent à la maison la Constitution et la Déclaration des Droits en partant au travail le matin. Il n'y a pas de liberté de parole ni de liberté de réunion dans une entreprise "non-union" (qui n'a pas reconnu l'existence d'une organisation syndicale). La représentation du personnel pour la négociation collective du statut social passe par l'affiliation collective à un syndicat : sur demande d'une majorité des salariés d'une entreprise, l'affiliation à un syndicat est reconnue après une certaine procédure par l'employeur qui négocie alors le statut social des salariés de l'entreprise avec le syndicat sous forme de convention d'entreprise. L'entreprise qui était "non-union" devient "union") Les salariés "non-union" aux Etats Unis vivent dans une démocratie, mais travaillent dans une dictature.
La culture d'entreprise de TKP aux Etats-Unis est une culture de manque de respect vis-à-vis des salariés hommes et femmes qui versent littéralement leur sang pour l'entreprise. Le taux d'accidents du travail est traditionnellement élevé dans les chantiers de construction. Chutes, accidents dus au soulèvement de charges lourdes, plaies ouvertes, brûlures et déchirures musculaires sont fréquents lorsqu'on travaille avec des pièces métalliques lourdes dans des conditions fréquemment humides. Ceux qui sont gravement blessés sont licenciés s'ils ne peuvent pas reprendre le travail après six mois d'arrêt. Selon les lettres de licenciement que nous ont montré des salariés, il s'agit de la pratique ouvertement adoptée par la société. D'autres salariés nous ont expliqué qu'ils ont eu pour consigne de se présenter au travail le matin d'une intervention chirurgicale pour réduire les statistiques sur les accidents ayant entraîné un arrêt de travail. De plus, il se pourrait que la société agisse en violation de la législation en n'informant pas les salariés victimes d'un accident du travail de leur droit de prendre un congé maladie non rémunéré de 3 mois dans le cadre du décret "Family Medical Leave Act". Ceci repousserait de fait la date à laquelle ils peuvent être licenciés, mais pas n'augmenterait pas la charge financière pour l'entreprise. Alors, pourquoi ne pas informer le salarié ? Il se pourrait également que la société contrevenir au décret sur les handicapés en ne prévoyant pas de dispositions permettant à certains salariés victimes d'accidents du travail de continuer à travailler.
Coflexip n'a pas réellement communiqué avec son
personnel sur les questions essentielles. L'acquisition des chantiers par
Coflexip Stena Offshore suivie du rachat de Gulf Marine Fabricators par Technip
a laissé les salariés dans l'incertitude quant à
l'identité de leur employeur et quant à la pérennité
de leur emploi. Aucune réunion sérieuse n'a été
organisée avec les salariés au sujet de l'opération
d'acquisition et sur la question de l'intégration ou on des chantiers
dans le plan industriel à long terme de TKP. Environ 30-35% des salariés ne parlent qu'espagnol. Selon les ouvriers, lorsqu'ils demandent un traducteur, on leur répond "d'apprendre l'anglais". La société a refusé de fournir une traduction, a laissé ces salariés encore plus désorientés, et ce qui est le plus condamnable, refuse de montrer du respect vis-à-vis des salariés d'origine hispanique et de leur héritage culturel. Cette attitude a récemment évolué. A notre sens, ce changement est directement lié au fait qu'a lieu en ce moment une campagne d'organisation d'une base syndicale. Les salariés ont rapporté que les manuels et les règlements de la société n'existent toujours que rédigés en langue anglaise, ce qui laisse les salariés ne parlant que l'espagnol totalement ignorants des procédures et des règles de l'entreprise.
Les salariés indiquent qu'on leur avait dit qu'ils bénéficieraient d'une prime de fin de projet d'environ 1 000 dollars par personne et qu'ils ont reçu à la place une prime de 95 dollars. En dehors du montant insultant en lui-même de la prime, certains salariés ont cru sur parole leur employeur, ont fait confiance à leurs chefs, et ont engagé des dépenses à l'avance.
Le salaire moyen sur les chantiers est inférieur aux principaux concurrents américains de TKP dans l'industrie de la construction, qu'ils soient "union" (avec un syndicat reconnu dans l'entreprise), J. Ray McDermott, ou "non-union" (sans syndicat), Gulf Island Fabrication. Le salaire minimum est seulement de 7,5 dollars/heure, ce qui est insuffisant pour entretenir une famille.
En matière d'assurance maladie, les salariés disent du bien du Plan d'Assurance Maladie de TKP... tant qu'ils ne s'en servent pas. La société prend en charge la prime d'assurance, mais les salariés doivent payer 20 dollars pour chaque consultation en cabinet médical et 75 dollars pour chaque consultation aux urgences. Les ordonnances peuvent revenir pour le salarié jusqu'à 25 dollars. Un monteur en charpentes avec 3 jeunes enfants nous informe qu'il paie de sa poche 200 dollars par mois pour les frais de santé de ses enfants. Pour un bas salaire, le poids des frais de santé restant à sa charge lorqu'il a un enfant malade nécessitant une consultation aux urgences peut être financièrement désastreux. |
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Mise à jour :
12/19/2001 0:48 AM
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